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Smic et amnistie fiscale : la droite s’inquiète du choix de Raffarin

de : Bordenave, Monnot, Roger
jeudi 29 juillet 2004 - 16h40 - Signaler aux modérateurs

de Yves Bordenave, Caroline Monnot et Patrick Roger

Le premier ministre a annoncé, mercredi 28 juillet, une revalorisation plus faible que prévu du salaire minimum en 2005 et la préparation d’une mesure en faveur d’un rapatriement des capitaux illégalement expatriés. L’UDF dénonce un "choc des symboles", le PS un "cadeau aux plus riches".

A peine débarrassé du boulet de la décentralisation, Jean-Pierre Raffarin, en présentant ses orientations budgétaires pour 2005 mercredi 28 juillet, a réussi l’exploit de mécontenter tout le monde ou presque. A commencer par sa propre majorité. L’annonce simultanée d’une amnistie fiscale, en cas de rapatriement de capitaux placés illégalement à l’étranger, et d’un étalement sur deux ans de la revalorisation du smic attendue en 2005 a été perçue, à l’UMP, comme "une nouvelle erreur". Les députés du groupe majoritaire ne se privent pas de rappeler le "prix politique" que leur a coûté la décision, l’an dernier, de réduire la durée de versement de l’allocation de solidarité spécifique (ASS). Jacques Chirac en personne avait dû, en mars, au lendemain de la débâcle des élections régionales, demander à son premier ministre, confirmé dans ses fonctions, de revenir sur cette mesure.

C’est mardi matin, au petit déjeuner réunissant, à Matignon, les chefs de la majorité, que M. Raffarin fait part de l’essentiel des arbitrages auxquels il a procédé "main dans la main" avec son ministre de l’économie, Nicolas Sarkozy. Immédiatement, Pierre Méhaignerie réagit. Il souligne que "la revalorisation du travail est un des points-clés de nos propositions". "Un engagement a été pris, il doit être tenu", ajoute le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Pour le chef du gouvernement, ces choix sont arrêtés, il n’y a plus matière à discussion.

A 10 h 30, le bureau du groupe UMP se réunit à l’Assemblée. M. Méhaignerie y redit sa "totale opposition" à l’étalement de la hausse du smic. Hostilité partagée par le rapporteur général du budget, Gilles Carrez. Ils ne manquent pas, par ailleurs, de relever que le gouvernement paraît avoir renoncé, pour 2005, au plafonnement à 1,7 fois le smic des allégements de cotisations patronales pour les entreprises. Pour les "budgétaires" de l’Assemblée, il ne faut "ni bouger la courbe des allégements ni repousser l’alignement du smic". "On va arriver à mécontenter le Medef et à se mettre à dos les salariés du bas de l’échelle", redoute Hervé Novelli, le chef de file des "réformateurs" de l’UMP.

"ILLISIBILITÉ"

Au bureau du groupe, ces critiques sont largement partagées. Même si le président, Bernard Accoyer, se félicite de la poursuite de la hausse du smic, "qui aura augmenté de 11,4 % en trois ans", la plupart des intervenants déplorent l’"incohérence" et l’"illisibilité" des mesures. Ils demandent que puisse être corrigée ce qu’ils estiment être une "erreur". Heureusement, on approche de la fin de la session parlementaire. La réunion hebdomadaire du groupe, qui suit celle du bureau, est remplacée par "un pot convivial". M. Raffarin a compris qu’il devrait compter, une nouvelle fois, avec les réticences de sa majorité. Le premier ministre prend soin de préciser à propos du smic, lors de sa conférence de presse en fin de matinée : "nous en discuterons avec les parlementaires".

L’UDF qui avait été prompte à dénoncer les décisions du gouvernement sur l’ASS fustige également aujourd’hui les annonces faites par M. Raffarin "Ce qu’il faut mesurer, c’est le choc des symboles, déclare au Monde le président de l’UDF, François Bayrou. D’un côté, on annonce une amnistie fiscale pour ceux qui se sont mis délibérément en infraction vis-à-vis de la loi dans le but de s’enrichir davantage. De l’autre, on décide de reporter de moitié la hausse du smic, sanctionnant ainsi les plus faibles." A propos de l’amnistie fiscale, le président du groupe UDF de l’Assemblée, Hervé Morin, parle d’"une injure pour tous les Français qui paient leurs impôts", tout en soulignant l’inutilité d’une mesure qui, selon lui, "ne réglera rien".

A gauche, le premier secrétaire du PS, François Hollande, qualifie l’amnistie fiscale d’"immorale" et d’ "inefficace". Il estime que "tout cela a un sens politique. D’un côté on fait un cadeau aux plus riches, de l’autre on demande aux plus modestes de se sacrifier" avec l’étalement de la hausse du smic. "Essayer de faire croire qu’on résoudra le problème des délocalisations par ces rustines douteuses relève soit de la très grande légèreté soit de la très grande perversité", commente, pour sa part, l’ancien président (PS) de la commission des finances de l’Assemblée Henri Emmanuelli. "Tout pour le Medef, tout pour la finance, rien pour les salariés", dénonce également le PCF. Alain Bocquet, le président du groupe communiste de l’Assemblée, s’en prend à ce qu’il appelle "une stratégie de la terre brûlée".

Le PS juge par ailleurs que le moment choisi par le premier ministre pour faire ses annonces est "un aveu de faiblesse". "Jean-Pierre Raffarin veut être le chef du gouvernement au moment où il est de plus en plus contesté", relève M. Hollande. "Ce qui frappe, c’est la solitude de Raffarin, indique le porte-parole du PS, Julien Dray, il fait une conférence de presse sur le budget sans le ministre de l’économie ni le secrétaire d’Etat qui en est chargé. Comme s’il fallait absolument qu’il occupe l’espace politique !"

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