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Ralph NADER candidat à la présidentielle US, par Joëlle Pénochet

de : Joëlle Pénochet
mardi 26 février 2008 - 11h20 - Signaler aux modérateurs
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De Joëlle Pénochet

Ralph NADER se déclare enfin candidat à la présidentielle US de 2008 !

Accusé depuis 2000 d’avoir fait élire Georges Bush, attaqué dès le début de sa campagne de 2004 par les sbires de John Kerry qui ont ruiné son mouvement, et déçu pour avoir naïvement pensé qu’en 2008 des personnalités anti-guerre pourraient gagner l’investiture démocrate (compte tenu du fait qu’une large majorité des Américains sont opposés à la poursuite de la guerre en Irak), Ralph Nader a finalement décidé, après une année « d’observation », de se représenter à la présidentielle de cette année.

Candidat pour la 4e fois à la présidentielle américaine

Depuis un an, Ralph Nader, poussé par la tendance radicale des Verts, préparait son éventuelle candidature au cas où aucun candidat démocrate anti-guerre serait susceptible d’emporter la course. Or, le sénateur démocrate de gauche Denis Kucinich, le préféré des pacifistes américains, s’est retiré récemment de la course présidentielle, après John Edwards. Quant au Républicain radicalement anti-guerre Ron Paul, il a été écarté de la course en raison d’un black-out total des media.

Ralph Nader, issu d’une famille d’émigrés libanais, brillant avocat diplômé d’Harvard et de Princeton, a été candidat à l’investiture démocrate en 1972 (en tant qu’opposant à la guerre du VietNam) et en 1992 ; il a représenté les Verts aux présidentielles de 1996 et 2000. Il a dû se présenter en candidat indépendant en 2004, les Verts américains, à la suite de tripatouillages sordides, ayant choisi d’investir un candidat inconnu et sans envergure en vue de favoriser le candidat démocrate Kerry.

En 2000, Ralph Nader a servi de bouc émissaire aux Démocrates qui continuent aujourd’hui encore d’affirmer sans vergogne qu’il a empêché Albert Gore de gagner la présidentielle (1). Albert Gore avait été pendant huit ans le vice-président du 1er champion des guerres nucléaires en Yougoslavie et en Irak (multiplication des bombardements « ciblés » contre les infrastructures vitales du pays, « opération » « Renard du Désert » en 1998, déjà illégale selon le droit international) et du durcissement de l’embargo contre l’Irak, qui fit 1,5 million de morts (2). Le tandem Clinton/Gore a fait bombarder l’Afghanistan et le Soudan (1998), et a intensifié la prétendue « guerre contre la drogue » en Colombie. Dès 1993, après avoir placé des lobbyistes sionistes aux commandes de la politique au Moyen-Orient, il a constamment soutenu Israël et s’est joué des Palestiniens avec les accords d’Oslo et autres Camp David. (3).

En érigeant la guerre d’agression en guise de politique étrangère, il avait fait le lit des faucons de Washington. Clinton avait déclaré que les Etats-Unis « s’autorisent à riposter quand, où et à la manière qu’ils auront décidé » (4) Au fil de ses deux mandats, surenchérissant sans cesse avec les Républicains, le tandem a mené une politique de plus en plus belliciste et antisociale, droitisant sans cesse le parti « démocrate ».

Ralph Nader, soutenu par de nombreuses personnalités, universitaires, journalistes et artistes (dont Michael Moore et Patti Smith), présentait déjà un programme ambitieux, mais réaliste. Malgré le boycott et le dénigrement des media inféodés aux « Républicrates », et banni en tant que représentant du 3e parti des grands débats télévisés qui déterminent en grande partie l’élection (auxquels le milliardaire Ross Perot avait participé lors de la présidentielle précédente), il réussit à quadrupler le nombre de ses voix par rapport à 1996 en recueillant près de 2,7 millions de suffrages - le meilleur score pour un candidat progressiste depuis un demi-siècle.

En 2004, la virulente campagne de calomnies et d’intimidation sans précédent déclenchée alors par les Démocrates, basée sur le chantage et la peur (« un vote pour Nader = un vote pour Bush »), porta ses fruits en volant les voix du 3e parti. Les « Démocrates » investirent vingt millions de dollars dans des procédures juridiques dans plus de vingt états en vue d’interdire l’accès au scrutin des candidats de Nader, et de ruiner son budget de campagne (cent fois moins élevé que celui des Démocrates – étant uniquement financé par les militants et sympathisants).

John Kerry réussit à capter une grande partie des voix pacifistes grâce au soutien de l’organisation « anti-guerre » Move 0n - créée de toutes pièces et financée par le milliardaire démocrate Georges Soros - dont le slogan très porteur était « N’importe qui sauf Bush ». En 2008, Move On soutient officiellement Barak Obama.

Pourtant, les positions du candidat démocrate en faisaient un faucon encore plus féroce que Bush. Kerry allait jusqu’à critiquer G.W. Bush sur sa droite en l’accusant de n’être pas assez efficace dans la « guerre contre le terrorisme », préconisait d’envoyer plus de troupes en Irak, d’attaquer sans délais les autres pays sur la liste des « Etats-voyous » (Iran, Syrie…) et de se débarrasser au plus vite des présidents Yasser Arafat, Hugo Chavez et Fidel Castro. Sénateur depuis vingt ans, Kerry avait voté pour l’invasion du Panama, la guerre contre l’Afghanistan, le Patriot Act, donné en 2002 les pleins pouvoirs au président pour attaquer l’Irak et soutenu la politique criminelle d’Israël envers le peuple palestinien (5).

La réélection de G.W. Bush en 2004 aurait pu être acquise au prix d’une nouvelle fraude (grâce aux machines de vote électronique, qui appartiennent à une compagnie contrôlée par le parti républicain), et le candidat démocrate aurait été une nouvelle fois sommé de capituler pour sauvegarder un système profitant aux deux camps, qui défendent les mêmes valeurs et les mêmes intérêts.

Un troisième parti indépendant pour combattre les « Republicrats », cet « hydre à deux têtes »

« Au fil des années, les Démocrates ont excellé à faire élire des Républicains très dangereux. »
Ralph Nader, février 2007

Les deux « grands » partis sont tous les deux financés par l’industrie de l’armement et les multinationales (pétrolières, agroalimentaires, pharmaceutiques…) qui investissent des sommes colossales à parts quasi-égales sur les deux candidats pour être certains de récupérer leurs mises après les élections - l’argent investi étant restitué aux généreux donateurs sous forme de subventions. En résumé, les deux chevaux concurrents appartiennent de fait à la même écurie : celle des grosses multinationales américaines et du Pentagone. Ce qui explique, qu’une fois élus, ils mènent des politiques similaires.

Ralph Nader, éternel pionnier et trouble-fête

« On n’est plus dans la liberté du commerce, mais dans une sorte de fascisme dominé par les multinationales qui rêvent de changer la nature même de la vie et de contrôler les ressources génétiques universelles par des brevets monopolistiques ».
Ralph Nader, Libération, 4-5 décembre 1999.

Pionnier du consumérisme, puis de l’écologie politique et d’un 3e parti qu’il estime viable, Ralph Nader consacre sa vie depuis quarante-cinq ans aux luttes pour la justice et la paix, contre la toute-puissance des multinationales qui gouvernent le monde et la mondialisation ultra-libérale – en raison de ses effets destructeurs sur l’environnement, les systèmes de santé, de protection sociale et d’éducation, et les libertés publiques.

Il est à l’origine de la création de l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA, 1970), des lois sur l’Air, sur l’Eau et sur la Liberté de l’Information de 1974. Toutes les lois votées dans le monde dans tous ces domaines l’ont été grâce à son action. Après voir gagné un procès retentissant contre General Motors, il créa en 1971 Public Citizen, et une centaine d’autres associations couvrant tous les domaines (santé, environnement, énergie, alimentation, sécurité routière…).

En 2004, premier candidat à la présidentielle d’origine arabe, il choisit comme colistier Peter Camejo, un vétéran des luttes pour les Droits civiques et du mouvement contre la guerre du VietNam. Rare homme politique à s’être prononcé contre les agressions militaires successives contre l’Irak, Ralph Nader ne cesse de demander le retrait rapide des troupes d’occupation, des mercenaires et des multinationales pour restituer à l’Irak sa souveraineté (« La spirale de la violence ne s’arrêtera pas tant que ce double retrait ne sera pas effectué »).

Sa dénonciation de « l’autre anti-sémitisme » (celui dont font l’objet les Américains d’origine arabe depuis le 11 septembre 2001) et du poids « des lobbies pro-israéliens… (dans l’élection présidentielles, NDA) qui accorderaient leurs voix en fonction du soutien accordé à Tsahal », et qui feraient donc apparaître les présidents américains comme « des otages de ces lobbies » contribue également à faire de Ralph Nader « l’homme à abattre » à chaque élection.

Ses scores sont loin de refléter son audience réelle dans l’électorat américain. Car le système électoral n’est qu’une démocratie en trompe-l’œil. Selon Ralph Nader, la priorité pour rétablir la démocratie aux Etats-Unis est de réformer la loi électorale par un financement public. Le score du 3e parti pourrait alors, selon certains politologues, atteindre 30% des voix, montrant au monde que le peuple américain (parmi lequel seulement un citoyen sur deux seulement vote) aspire à une autre politique, non dictée par les intérêts du complexe militaro-industriel.

Après 2000 et 2004, la poursuite des nouvelles guerres impériales programmées par le PNAC après la présidentielle de 2008 ?

Cette année, comme en 2000 et en 2004, ce sont deux candidats bellicistes qui s’affronteront. Aucun des candidats à la candidature susceptible d’être choisi ne propose un retrait rapide des troupes d’occupation en Irak, et tous ont déclaré qu’en ce qui concerne l’Iran « toutes les options restaient sur la table »…

Gageons que, comme à chaque présidentielle américaine, les « grands » medias occidentaux tenteront de nous présenter deux candidats aux politiques diamétralement opposées, et que la plupart d’entre eux soutiendront le candidat démocrate (ils avaient adoré, et vénèrent toujours les criminels de guerre William Clinton et Albert Gore, de même qu’Henry Kissinger), d’autant plus attrayant cette année qu’il sera issu d’une minorité « visible » - par le genre ou la couleur (un alibi de plus).

Le principe même d’un 3e parti puissant fait peur aux tenants du Nouvel Ordre Mondial. On l’observe maintenant en Europe, où lors des dernières présidentielles françaises, par exemple, les Etats-Unis avaient habilement placé deux pions à leurs ordres - afin de ne pas se retrouver dans la situation de 2003, lorsque la France a refusé de les suivre dans l’aventure génocidaire irakienne (quitte à reconnaître, quelques mois plus tard, le nouveau gouvernement fantoche irakien – et après avoir laissé hypocritement les B52 qui allaient agresser illégalement l’Irak traverser notre espace aérien…).

Joëlle Pénochet, le 25 février 2008.

Voir nos articles précédents :
USA : Ralph Nader : Un candidat bâillonné dans des élections sans enjeux, paru sur bellaciao.org : bellaciao.org/fr/spip.php ?article10897

et Ralph Nader, candidat des Verts à la présidentielle américaine, Combat-Nature n° 133, 2e trimestre 2001, pp. 54-56.

Photo : Joëlle Pénochet (New-York, Sept 2004)

Voir le site de Ralph Nader :
www.votenader.org

Notes

(1) En 2000, Albert Gore, qui avait gagné l’élection en nombre de grands électeurs et de suffrages, fût poussé à ne pas faire appel à la Cour Suprême (contrôlée par ailleurs par les Républicains) pour ne pas porter atteinte au Système. Par ailleurs, toutes les études ont montré que plus des deux 2/3 des voix recueillies par Ralph Nader ne seraient pas allées à A. Gore.

(2) Grâce à la secrétaire d’Etat Madeleine Albright, dont Condeliza Rice n’est que le digne successeur… Albright avait clamé haut et fort que la mort d’un demi million d’enfants irakiens des suites de l’embargo décrété par l’ONU en 1990 sous la pression des Etats-Unis « en valait la peine » !

(3) Rappelons aussi qu’Albert Gore s’était porté volontaire pour la guerre du Viêt-Nam, avait voté en 1990 pour la Guerre du Golfe et que son colistier, Joseph Lieberman, a toujours été un ardent partisan de la politique d’agression et d’occupation israélienne en Palestine.

(4) Cité par Noam Chomsky, De la guerre comme politique étrangère…, p. 63.

(5) Après que l’administration Bush eut donné à Ariel Sharon le feu vert pour déclencher sa campagne de terreur, John Kerry publia un article intitulé "La cause d’Israël est celle de l’Amérique ». (De leur côté, peu après le 11 septembre 2001, Hillary Clinton et Joseph Lieberman avaient fait signer par la quasi-totalité des sénateurs démocrates une lettre demandant le renforcement du soutien à Israël). En outre, Kerry avait voté contre le protocole de Kyoto, la convention d’Ottawa sur les mines antipersonnelles, la création de la Cour Pénale Internationale et la condamnation des tortures pratiquées à Abu Graïb.

 http://www.planetenonviolence.org/C...
 http://internationalnews.over-blog....


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