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L’OMBRE DE CETTE PENSEE

de : Marc Alpozzo
dimanche 8 janvier 2006 - 20h01 - Signaler aux modérateurs
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de Marc Alpozzo

La philosophie, dont on ne saurait tout à fait préciser l’essence, pourrait-elle être "dangereuse" ? Pourrait-elle être une source négligée de la propagation du mal ? Autrefois, Eichmann devant ses juges, incrédules, ne fit-il pas référence à "l’impératif catégorique" kantien pour justifier sa collaboration à la solution finale ? Certes, cet impératif du devoir, proprement moral, était apporté d’une modification de taille, puisque Eichmann, par on ne sait quel tour de la pensée, transforma le "agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle" de la morale Kantienne en un : "agissez de telle manière que le Führer, s’il avait connaissance de vos actes, les approuverait". Cette déformation inconsciente apportée à la pensée de Kant, et analysée par Eichmann comme un impératif catégorique devant entraîner tout homme à faire plus qu’obéir à la loi, puisqu’il s’agissait de s’élever au-delà des impératifs de l’obéissance et identifier sa propre volonté au principe de la loi, à la source de toute loi, peut sembler pour certains sans grande importance. Une mécompréhension à la hauteur d’un petit fonctionnaire.

Mais quand il s’agit d’un intellectuel de la trempe de Martin Heidegger ? Comment interpréter son adhésion à la pensée la plus « sombre » du 20ème siècle ? Cette question fut posée par de nombreux intellectuels depuis 1945.

Elle fut renouvelée récemment avec plus ou moins de bonheur par Emmanuel Faye , même si le nivellement un peu facile auquel il se livre, dessert non seulement la pensée profonde de Heidegger, mais dessert la cause même que Faye prétend servir.

Un autre ouvrage récent qui demande à faire la lumière sur la question, mais sans y mêler cependant de parti pris, est celui de Dominique Janicaud qui nous offre là, un livre-testament. Disciple de Jean Beaufret, dont le travail immense pour traduire le plus fidèlement possible la pensée de maître de la forêt noire, sans lui être pour autant un simple porteur de valises, Dominique Janicaud offre avec son ouvrage Heidegger en France , un vaste panorama de la réception de philosophe allemand en France et les remous que cela occasionna dans les rangs de l’intelligentsia universitaire française.

Il est vrai qu’on lit souvent aujourd’hui, sous la plume d’auteurs « à la mode », que l’on néglige Heidegger. Qu’il faut revenir à cette « inquiétude de l’être » allemande. On peut en effet se poser la question : Heidegger aurait-il été injustement négligé ces dernières années en France ? Peut-être... Est-ce parce que Heidegger doit être nécessairement lu en allemand pour être parfaitement compris ? Difficile en effet, de comprendre la subtilité d’une pensée comme celle-là, par une simple traduction. D’autant que celle de François Vézin est sujet à de très nombreuses contre-verses. Mais on pourrait autant en dire de Hegel, ou de Nietzsche ! Devrions-nous préférer la traduction de Emmanuel Martineau ? C’est à cette question, comme à de nombreuses autres, que le philosophe Dominique Janicaud tente de répondre, prenant par ailleurs assez de distance avec les différentes chapelles, pour garder une certaine objectivité.

Mais la plus grande question qu’il pose néanmoins, la plus essentielle pour tenter de se défaire du mystère de l’une des plus grandes pensées du 20ème siècle, est ailleurs. Et c’est évidemment celle-ci : devons-nous seulement lire en la pensée de Heidegger un terreau fertile du nazisme ? Ne faudrait-il pas y lire également, ou même avant tout, une recherche de la vérité de l’être qui, contrairement à celle de Sartre, ne trouve pas sa source dans le néant, mais dans le temps. L’« être » de Heidegger contre l’« homme » de Sartre ? Et cette question n’est évidemment pas dénuée d’intérêt puisque c’est bien dans l’ontologie même de Heidegger que certains sont aller lire le nazisme du penseur allemand.

Il faut bien le dire, l’ultime acte de philosophie selon Heidegger, était de faire surgir la quintessence de l’être. Fonder une vérité. Socrate en son temps combattait les sophistes qui prétendaient que l’homme est la mesure de toutes choses, pour s’initier, et initier ses interlocuteurs à une méthode de pensée : la dialectique. Heidegger a également poursuivi la tâche immense de réhabiliter l’être, enfermé dans un profond oubli que le rationalisme en philosophie avait occulté. C’est vrai que la philosophie a trop longtemps interrogé la connaissance de la connaissance de l’être, que l’être lui-même. Pourtant, cette tâche qu’il a essayée de mener à bien durant toute sa vie, paraît trouble. D’une part, « le tournant » de Heidegger, moment ultime où il s’aperçoit que son entreprise ne saurait arriver à terme (Kehre), laisse bien pensif, - serait-ce un échec ? ou le second Heidegger aurait-il été beaucoup trop accaparé par la suite, à entreprendre l’ultime tâche de détacher sa pensée de l’idéologie nazie pour la situer métaphysiquement, notamment avec son travail sur Nietzsche et Kant ? Il faut relire la réponse de Heidegger à Jean Beaufret dans sa Lettre sur l’humanisme pour comprendre que les déplacements inédits, les disséminations, les recompositions sont autant de tentatives de la part de Heidegger de justifier sa position « trouble » durant la Seconde Guerre mondiale.

Faudrait-il alors repenser Heidegger par son introduction en France, par sa pensée, par son interprétation ? Il s’agit évidemment et avant tout, Janicaud ne cesse de le répéter durant tout son ouvrage, de s’élever au-delà des vaines querelles. C’est bien sûr, une chose certaine. En nous y conviant avec une grande habileté, Dominique Janicaud rend une nouvelle fois hommage à la brillante pensée d’un philosophe que l’on ne saurait réduire par un discours de pur historien. Voilà d’ailleurs le grand mérite de cet ouvrage de Janicaud, qui se présente d’emblée comme un ouvrage majeur, en comparaison à ce que proposèrent d’autres intellectuels limités à la partie historique de l’action de Martin Heidegger et son implication personnelle dans le régime nazi. A la fois un livre d’histoire, histoire d’une réception - réception d’une pensée, c’est aussi un livre de philosophie qui re-lit et re-déchiffre cette pensée...

Pour autant, malgré le rôle majeur joué par Heidegger dans la philosophie du 20ème siècle, une ombre continue de planer autour de son travail. Une ombre qui prend racine dans la métaphysique de sa philosophie. Et cette ombre-là demeure un mystère « effrayant » pour la pensée. Une inquiétude qui nous rapporte à l’inquiétude même de l’être que mettait à jour Martin Heidegger.

Devons-nous nous débarrasser de la pensée de Heidegger en nous basant, comme le fait Faye, sur des documents inédits ou non traduits jusque-là, pour saisir combien Heidegger était attentif à introduire les fondements du nazisme dans la philosophie et son enseignement, ou bien, tel que le préconise Dominique Janicaud, relire, réinterpréter la pensée de Heidegger selon ces axes fondamentaux :

 répondre de la philosophie en son histoire ;
 repenser l’être de l’homme ;
 affronter le destin de puissance de la science ;
 confronter l’occidentalisation du monde aux autres langues et cultures ;
 reposer la question du sacré.

L’avenir nous le dira peut-être... mais l’ombre autour de cette pensée-là, malgré l’écoulement du temps, ne passe pas... une énigme à la mesure de la plus grande pensée d’un siècle de destructions massives, de destructions d’idoles idéologiques et controversées, et de pensées dominantes et décisives...


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Commentaires de l'article
> L’OMBRE DE CETTE PENSEE - cette pensée qui n’est qu’une ombre !
9 janvier 2006 - 10h03

Le système de Heidegger est pauvre. Que dit-il au sujet de l’homme et de l’histoire ?
Une pensée de l’ombre ! Il faut relire Günther Anders (On the pseudo-concreteness of Heidegger’s Philosophy) pour y voir plus clair. Et un personnage veule se donnant délibérément le rôle, avec l’aide de ses turiféraires, du grand penseur au-dessus de la mêlée pour ne pas avoir à s’expliquer.
Faure-Engel.



> L’OMBRE DE CETTE PENSEE
9 janvier 2006 - 15h39

Bonjour,

Bien que ne connaissant pas l’œuvre de ce philosophe ni lu le texte présenté ici ; je me demande si, finalement, Heidegger n’est pas à l’image de notre monde, un exemple supplémentaire d’un monde qui désire au plus profond de son être, de sa pensée un monde idéal, une utopie, un autre monde où tout serait mieux mais, en fait, nous vivons dans un monde où la réalité est plutôt cruelle.

Nous refuserions cette cruauté, cette dureté en nous réfugiant dans le désir de ces mondes possibles afin de nous permettre de mieux supporter cette cruauté comme le diraient les psychanalistes. Bref, nous sommes confrontés à deux choses qui surgissent à nos yeux et dont nous ne savons pas quoi faire.

La question à se demander serait de savoir si ce même désir d’un monde utopique, meilleur serait le même si notre réalité était différente. Autrement dit l’un et l’autre ne sont-ils pas fondamentalement liés. Un peu à l’instar des salles de cinéma et des films qui nous offrent des héros idéaux alors que la plupart d’entre-nous sommes lâches...



> L’OMBRE DE CETTE PENSEE - et la cruauté voulue du monde
10 janvier 2006 - 10h24 - Posté par

Toute philosophie est politique. La pensée de Heidegger ne propose certainement pas un monde sans cruauté. Pour preuve, son engagement pour le parti nazi (il vote pour lui dés 1932, prend sa carte, fait le panégérique du "fürherprinzip" dans son discours du rectorat en 1933 et restera membre jusqu’à la fin) et son refus de condamner le génocide perpétré dans les camps de la mort. Je ne cois pas que Heidegger se soit engagé pour un monde idéal sans cruauté. Il est l’héritier du coté sombre du romantisme allemand, celui qui flirte avec les "fantômes et les démons".
Faure-Engel.


> L’OMBRE DE CETTE PENSEE - et la cruauté voulue du monde
10 janvier 2006 - 16h54 - Posté par

Faure engel,

La question que je pose ne porte pas sur la pensée de Heidegger ni sur ses engagements politiques. La question que je pose est bien de savoir si, finalement, ce philosophe n’est pas à l’image de notre monde.

Le principe de l’altermondialisme repose sur cette même problématique : vouloir un autre monde un peu meilleur sans les défauts de celui-ci. Donc si notre réalité, si notre monde étaient différents est-ce que nous aurions le désir d’un autre monde ?

La cruauté de notre monde ne conditionne-t-elle pas ce désir de vouloir un autre monde où, sous-entendu, la cruauté n’existerait pas ou, au mieux, serait amoindrie ?

(L’exemple est peut être mal choisi mais c’est à cela que l’article me fait penser.)


> L’OMBRE DE CETTE PENSEE - et la cruauté voulue du monde
10 janvier 2006 - 17h35 - Posté par

Faure engel,
La question que je pose ne porte pas sur la pensée de Heidegger ni sur ses engagements politiques. La question que je pose est bien de savoir si, finalement, ce philosophe n’est pas à l’image de notre monde.

Je suis désolé, mais je ne comprends pas la question. Je croyais y avoir répondu et je m’aperçois que non. Excusez-moi ! Mais peut-être que quelqu’un d’autre saura mieux que moi répondre à votre interrogation.

Faure-Engel.


> L’OMBRE DE CETTE PENSEE - et la cruauté voulue du monde
10 janvier 2006 - 20h03 - Posté par

Pourquoi perdez vous votre temps avec ces "philosophes" ?Ces gens la,de Heideger à Céline et quelques autres,ont cessés d’avoir du talent le jour ou ils se sont commis avec les nazis,l’antisémitisme et le massacre de millions de gens.
Je n’ouvre pas leur livres et si j’en trouve un dans ma bibliothéque je ne le donne pas je le jette !Au moins le papier récupérer peut-il servir à imprimer des gens en accord avec leur conscience.Que l’on me conprenne bien:un type de droite qui à du talent aura mon attention,celui qui est complice de crime contre l’humanité va au concassage.
Tout ce tapage sur ces auteurs ressemble à une réhabilitation.
Jean Claude des Landes.


> L’OMBRE DE CETTE PENSEE - et la cruauté voulue du monde
11 janvier 2006 - 15h17 - Posté par

Salut à vous tous,

L’art et la manière...

Je suis désolé, mais je ne comprends pas la question. Je croyais y avoir répondu et je m’aperçois que non. Excusez-moi ! Mais peut-être que quelqu’un d’autre saura mieux que moi répondre à votre interrogation.

...de ne pas se comprendre ! Mais c’est pas grave.

L’art et la manière...

En Vérité je vous le dis :
S’il n’y avait plus de pauvres et de miséreux au monde, que deviendrait la Charité Chrétienne si chère aux bourgeois de tous poils ?
S’il n’y avait plus de Tsunami aussi, que des tremblements de terre au Pakistan, tout redeviendrait comme IDÉAL !

...de dire n’importe quoi ! Et faire dire ce qui n’a pas été dit !...

Telle est la tactique libérale : ne pas regarder le problème en face mais le reporter sur l’autre ou ailleurs, là où il n’est pas !


> L’OMBRE DE CETTE PENSEE - et la cruauté voulue du monde
11 janvier 2006 - 08h27 - Posté par

En Vérité je vous le dis :
S’il n’y avait plus de pauvres et de miséreux au monde, que deviendrait la Charité Chrétienne si chère aux bourgeois de tous poils ?
S’il n’y avait plus de Tsunami aussi, que des tremblements de terre au Pakistan, tout redeviendrait comme IDÉAL !






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