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Italie. Ils veulent redonner le pouvoir au peuple

de : Gaël De Santis via FR
mardi 20 février 2018 - 11h12 - Signaler aux modérateurs
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Giorgio Cremaschi, ancien dirigeant du syndicat CGIL, en campagne pour la liste Potere al popolo à Arzano, près de Naples, le 28 janvier. Salvatore Esposito/Pacific Press/Zuma/REA

Communistes, écologistes et militants des centres sociaux autogérés partent ensemble aux élections législatives italiennes du 4 mars .

La gauche qui ne s’est pas rendue aux sirènes néolibérales reprend espoir en Italie. Et si elle retrouvait le chemin du Parlement  ? Depuis le mauvais score des communistes, en 2008, elle n’est en effet plus représentée dans les institutions nationales. Cette année, le monde militant antilibéral a retrouvé le chemin de l’unité, sous la bannière dynamique de Pouvoir au peuple (PAP). Pour faire son retour à la Chambre des députés et au Sénat, à l’occasion des élections législatives du dimanche 4 mars, la gauche anti-austéritaire devra franchir les 3 %, dans un contexte où elle a disparu des médias.«  Nous voulons redonner sa centralité au travail, à la lutte contre les inégalités, à la défense de l’environnement  », explique à l’Humanité Viola Carofalo, porte-parole de Potere al popolo. Rétablissement des droits des salariés mis à mal par le Jobs Act de Matteo Renzi, reconversion écologique de l’économie, développement des services publics sont au cœur des ambitions affichées dans un programme volontairement à rebours de la doxa libérale. «  Là où il y avait un non, nous ferons un oui  », clame le manifeste, qui se veut être, plus qu’un programme de gouvernement, un programme de luttes, au vu des scores attendus.

Si les propositions avancées ne sont pas originales, comparées aux élections précédentes, la démarche, elle, l’est. En 2008, les communistes et les Verts se présentaient dans un cartel nommé Gauche arc-en-ciel. Sans succès. En 2013, plusieurs organisations s’étaient réfugiées sous la bannière Révolution civile, dont le leader était Antonio Ingroia, un magistrat anticorruption. Sans plus de réussite. En Italie plus qu’ailleurs, l’unité de la gauche est un combat. De l’avoir perdu, elle n’a pas su se relever au cours de la dernière décennie.Cette année, c’est un attelage plus large qui se présente aux électeurs. On y trouve de tout  : les militants communistes, et un nouveau monde, celui des défenseurs de l’environnement, celui des adeptes d’un «  syndicalisme de base  » radical, les membres d’associations de soutien aux migrants, et les activistes des centres sociaux, dont certains n’ont jamais voté.

On compte de nombreux communistes parmi les candidats

Face à une gauche politique inaudible, ce sont d’ailleurs les militants d’un squat autogéré napolitain qui ont relevé le gant en lançant un appel à une liste de gauche, en novembre dernier. Les centres sociaux sont désormais l’une des colonnes vertébrales de Pouvoir au peuple. En Italie, ils représentent un mouvement original, enraciné, qui fait de la politique tout en dispensant une action sociale. Le squat «  Je so’ pazzo  » (je suis fou), initiateur de la démarche, est en soi un exemple de la vitalité de l’activité des centres sociaux, l’un des principaux courants politiques de la gauche radicale de la péninsule. En mars 2015, à Naples, «  avec cinquante militants, engagés dans la bataille pour l’école ou auprès des précaires, ou encore des syndicalistes, nous avons occupé une ancienne prison désaffectée  », se rappelle Salvatore Prinzi, l’un des militants. À côté de l’activité politique à proprement parler, c’est toute une palette d’activités qui est offerte aux habitants du quartier Materdei  : sport, théâtre, distribution de nourriture, mais aussi aide juridique pour les salariés et migrants. Je so’ pazzo abrite même un centre médical à destination des familles populaires. «  On ne peut remplacer les services publics, mais on peut montrer qu’on peut faire quelque chose là où les institutions bourgeoises ne savent répondre aux besoins des gens  », avance Salvatore Prinzi. Ce centre social est fréquenté par un millier de personnes à Naples. Incontournable, Je so’ pazzo a noué de bonnes relations avec la municipalité dirigée par Luigi De Magistris.

La deuxième colonne vertébrale du rassemblement est constituée par les deux formations communistes, le Parti de la refondation communiste (PRC) et le Parti communiste italien (PCI, ex-PdCI). «  Nous avons toujours travaillé à l’agrégation des formations de la gauche radicale, en dehors du centre gauche, représenté par le Parti démocrate, très centriste  », explique Maurizio Acerbo, secrétaire du PRC. «  L’expérience Pouvoir au peuple est en train de remotiver de nombreux citoyens et nos militants  », se réjouit-il. On compte de nombreux communistes parmi les candidats.

Cette liste permettra-t-elle de faire mieux qu’en 2008 et 2013  ? Impossible de le dire pour l’heure. Pouvoir au peuple commence seulement à être connu. Et il doit faire face à deux écueils. Le premier est celui d’une liste concurrente d’une gauche plus institutionnelle, Libres et égaux (voir encadré). Le refus assumé des alliances avec les autres forces de gauche, le choix de l’opposition à l’heure où resurgit Silvio Berlusconi pourraient isoler la nouvelle formation. Le deuxième écueil est le Mouvement cinq étoiles (M5S). Cette formation démagogique, lancée par Beppe Grillo, créditée de plus de 25 % des intentions de vote incarne désormais la révolte, mais la dévoie. «  Pour nous, la question d’un emploi non précaire et d’une démocratie sur les lieux de travail est centrale  », explique Viola Carofalo. Ce n’est pas le cas pour le M5S, qui cherche à se rapprocher, avec son nouveau leader, Luigi Di Maio, des entrepreneurs. Et c’est sans compter la dérive droitière du M5S sur les questions des migrants. «  Nous devons reconquérir une partie de l’électorat M5S  », prévient la porte-parole de PAP. Une tâche immense.

Libres et égaux, l’autre liste de gauche

Outre Pouvoir au peuple, une autre liste concourt, à gauche du Parti démocrate (PD, centre), aux suffrages des Italiens. Libres et égaux dispose déjà de députés. Ils proviennent pour une part de Gauche italienne (SI, ex-Gauche écologie et liberté, composée pour beaucoup de membres et dirigeants sortis du Parti de la refondation communiste en 2009). SI est une formation de gauche antilibérale et anti-austéritaire qui a un temps été au Parti socialiste européen. Elle avait dû ses élus, en 2013, à une alliance avec le Parti démocrate. L’autre partie des parlementaires de Libres et égaux provient d’une nouvelle formation, le Mouvement des progressistes. Elle est composée essentiellement d’anciens du Parti communiste italien au sein du Parti démocrate, à savoir ceux qui se reconnaissaient en Massimo D’Alema, ex-premier ministre, et Pier Luigi Bersani. Ceux-ci ont été acteurs convaincus du virage blairiste et néolibéral du centre gauche italien dans les années 2000. Ils ne se reconnaissent pas dans la dérive droitière actuelle de Matteo Renzi à la tête du PD.

https://humanite.fr/italie-ils-veul...


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