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POUR les personnes prostituées, CONTRE le système prostitueur.

de : SANDRINE70
lundi 10 septembre 2012 - 10h01 - Signaler aux modérateurs

Ce week-end, j’ai amélioré ma connaissance du système prostitueur auprès de personnes remarquables qui militent toute l’année au mouvement du nid pour un monde où l’achat d’un acte sexuel serait interdit. Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans l’abolitionnisme. Notre but premier n’est pas de “punir” les clients. Il ne s’agit pas de “faire la morale”. Mais de libérer le monde des femmes de la violence – parce que la prostitution est rarement un choix, et toujours une violence. C’est donc un projet humaniste.

Lutter contre le système prostitueur, cela n’est pas anodin. S’agit il de lutter contre la prostitution ? Oui. Contre le système prostitutionnel ? Non. Parce que dans le système prostitutionnel, il y a les personnes prostituées. Elles, nous devons les défendre et les accompagner. Au mouvement du nid, les bénévoles, qui sont moins de 300, rencontrent chaque année environ 5000 personnes prostituées. Si on regarde le rapport Bousquet, qui avance le chiffre de 20.000 personnes prostituées en France, qu’on le multiplie par 2 en se disant que c’est peut-être sous-évalué, on se rend compte alors que cette association de 70 ans est celle qui représente le mieux les personnes prostituées : parce qu’elle en rencontre, chaque année, de 1 sur 4 à 1 sur 8 d’entre elles.

S’agit-il d’éradiquer la prostitution ? Non, l’esclavage a été aboli, il existe malheureusement toujours ; Nous ne sommes pas prohibitionnistes. Il s’agit de l’abolir. Et ce, pour des raisons qui méritent d’être expliquées en longueur. C’est pour cela que cet article, une fois n’est pas coutume, sera un peu longuet…

Quand les abolitionnistes disent qu’ils luttent contre le système prostitueur, ce qu’ils et elles disent, c’est en fait : nous luttons POUR les personnes prostituées et contre le système prostitueur. Qui compose ce dernier ? Les proxénètes : ils sont déjà punis par la loi, et la France est un des rares pays d’Europe où la répression du proxénétisme est une réalité. Ainsi, il est interdit de profiter de la prostitution d’autrui.

Deuxième prostitueur sans qui le système ne peut exister : le client. C’est lui qui est à la source de la demande. C’est lui qu’on interroge jamais et qu’on excuse toujours. Ce qu’il veut, ce qu’il fait, c’est acheter un acte sexuel qui est par définition violent. Sans lui, il n’y a pas de prostitution. Sans lui, il n’y a pas de prostitution, donc il y a une place pour la sexualité. Libérer la sexualité, c’est libérer l’acte sexuel de toute contrainte, que ce soit de la force, ou de l’argent.

Enfin, il y a un dernier acteur du système prostitueur, c’est la société qui, en n’interdisant pas l’achat d’actes sexuels et en réprimant les personnes prostituées les laisse dans une prive de leurs droits humains fondamentaux.

Pourquoi la prostitution est toujours une violence

Car la prostitution est une violence. Dans tous les cas. Peut-être certaines personnes l’ont-elles ou croient-elles l’avoir choisi. On ne peut pas exclure cette option. On n’a pas le droit de dire à une personne qu’en tant qu’individu, elle n’a pas le choix. Mais on peut décider que si on ne peut lui interdire de vendre un acte sexuel, on peut interdire l’achat de celui-ci. Parce que même si l’on admettait que dans quelques cas individuels il peut y avoir choix, cela ne peut pas constituer un projet de société, quand on sait que pour l’immense majorité des personnes prostituées, ce n’est pas un choix. Et que pour toutes, c’est une violence. “La prostitution est le carrefour de toutes les injustices, toutes les inégalités et tous les systèmes de domination. Elle concentre toutes les exclusions. Pour nous, c’est insupportable d’entendre le discours complaisant à l’égard de cette pratique”, explique Claire Quidet, porte-parole du Mouvement du Nid.

Qu’est-ce qui permet d’affirmer cela ?

D’abord, le fait que les violences sont extrêmement présentes avant l’entrée dans la prostitution des personnes. Les violences vécues, souvent très jeunes, les empêchent de se construire une bonne estime de soi. Dès lors qu’il y a moindre estime de soi, le risque prostitutionnel augmente. Et le manque d’estime de soi, qui mène à une dévalorisation, fait de la personne une proie pour l’emprise des manipulateurs.

Ensuite, les violences dans la prostitution. De la part des clients. Une étude américaine a montré que ce sont les clients qui sont les premiers agresseurs des personnes prostituées. Violences de la part des réseaux de traite et de proxénétisme, évidemment. Mais aussi violence de la société qui au lieu d’incriminer la demande, s’en prend aux personnes prostituées. Ici, on atteint le comble de cette maxime : la victime, c’est la coupable. Cela se traduit bien sûr par la violence institutionnelle : harcèlement policier, mauvaises réception des personnes dans les services sociaux. Enfin, et la violence que constitue le fait d’avoir des relations sexuelles NON DESIRéES et A REPETITION. C’est extrêmement destructeur. On a pu avancer sur la criminalisation du viol (même s’il reste beaucoup à faire), quand on a compris les conséquences destrucrices du viol. On voit mal comment un billet pourrait effacer les conséquences d’une relation sexuelle non désirée.

Une analyse féministe d’un système où le corps des femmes est au service de la sexualité des hommes

Face à ce constat, quelles options pour lutter contre le système ? Organiser la violence (réglementarisme) ? C’est impossible. La cacher (délit de racolage etc…) ? Certainement pas.

Il faut l’analyser, et c’est là qu’une grille d’analyse féministe entre en jeu, qui affirme que la prostitution est un phénomène sociétal qui s’appuie sur le système de domination masculine. En effet, qui est à la source de la prostitution ? La demande, donc les clients. Qui sont les clients ? Des hommes. Que dit la société depuis des siècles, et que le féminisme combat ? Que le corps des femmes est au service de la sexualité des hommes. grâce à une analyse du patriarcat, le droit de cuissage a progressivement disparu, le viol a été criminalisé, puis le viol conjugal reconnu, si le harcèlement sexuel peut être condamné. Enfin, on affirme et reconnaît que la relation sexuelle doit être consentie, désirée et égalitaire. La société reconnaît qu’on ne peut pas imposer un acte sexuel par la violence ou l’abus d’autorité. Et pourtant, elle ne dit toujours pas qu’imposer un acte sexuel avec de l’argent, cela reste du viol.

La dignité de la personne humaine, et la dictature du marché

Autre argument fondamental qui entre en jeu : le principe fondamental de dignité de la personne humaine est bafoué. On achète le consentement. La personne est considérée comme un objet. C’est bien la preuve que le consentement ne peut être la clé des relations sexuelles : si on peut acheter ce dernier, le désir lui, ne s’achète JAMAIS.

Enfin, le dernier sujet de réflexion, c’est la question économique, celle du marché. Aujourd’hui, dans les relations humaines, tout peut-il faire l’objet du marché ? Y a-t-il des parties des activités humaines qui peuvent y échapper ? La question de l’argent et ce que cela rapporte à l’économie est ainsi fondamentale : en effet, il faut faire très attention quand on affirme qu’organiser un “marché” du “travail du sexe”, qui serait un “travail comme un autre”, c’est normal. Car si on met un pied là-dedans, on crée en réalité un marché qui se constitue d’une matière première toujours plus vaste : les femmes, les enfants, les êtres humains. Et ensuite, c’est difficile de revenir en arrière. Aujourd’hui, aux Pays-Bas, on commence à se rendre compte de la catastrophe humanitaire qu’a constitué la légalisation…et alors comment renoncer, surtout en temps de crise, à une activité qui concentre 5% du PIB du pays…

Toutes ces raisons, nous mènent à penser qu’il n’y a qu’une solution : l’abolition de la prostitution. Et que la seule façon de le faire, c’est d’adopter une loi complète d’abolition, qui commencera : par supprimer toutes les mesures répressives à l’encontre des personnes prostituées, qui interdira l’achat d’actes sexuels en pénalisant si nécessaire le client, qui adoptera une politique de sensibilisation des jeunes et des adultes à la question de la sexualité, enfin qui organisera des alternatives pour les personnes prostituées, sur lesquelles les associations spécialisées travaillent.

Ces points, je les développerai dans un prochain article. Avant de conclure, je réaffirmerai que ce combat est un combat pour la liberté sexuelle des tous et toutes, quand la prostitution est violence sexuelle pour les personnes prostituées, aliénation pour les clients : à cet égard, l’exemple des aidants sexuels est criant : quelle estime a-t-on d’une personne en situation de handicap si on la traite à ce point différemment, et qu’alors qu’on lui refuse l’accès à l’école, au travail, à la rue, on veut affirmer qu’elle ne peut connaître autre chose en terme de sexualité qu’une masturbation remboursée par la sécurité sociale ? Quelle liberté s’accorde n’importe quel homme en imaginant qu’il peut s’épanouir sexuellement au prix de la violence et l’objectivisation d’une femme ?

Sandrine GOLDSCHMIDT

Merci à Claire Quidet dont l’argumentaire a largement inspiré cet article et me semble tellement puissant que j’ai eu envie de vous le faire partager…

http://sandrine70.wordpress.com/201...


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