Bellaciao est hébergé par
Se rebeller est juste, désobéir est un devoir, agir est nécessaire !
PUBLIEZ ICI PUBLIEZ VOTRE CONTRIBUTION ICI

ID : Cyberpunk !

de : Marc Alpozzo
mercredi 23 février 2005 - 13h47 - Signaler aux modérateurs
1 commentaire
JPEG - 4.9 ko

de Marc Alpozzo

« Résister à la technologie en tant qu’outil de contrôle et d’abus ? Oui, bien sur, on doit être constamment en alerte et sur nos pieds. C’est important d’acquérir une connaissance sophistiquée de ces outils. Il n’est pas possible de simplement tourner le dos et ignorer, il faut apprendre à utiliser le Cyberspace, cet espace où nous sommes. Et si nous sommes concernés par la politique et les considérations sociales qui régissent ce monde, il faut agir au mieux dans cet espace ? C’est notre territoire, celui que nous devons assumer et dont nous devons préserver la liberté », R.U. Sirius, co-fondateur de Mondo 2000.

Le « cyberpunk », avant d’être un mouvement underground de pirates informatiques, est avant tout un mouvement littéraire, dont le pape est William Gibson. Le terme même de « CYBERPUNK » est la contraction des termes : « Cyber » qui désigne la « cybernétique », c’est-à-dire l’art de gouverner, et, de là, les nouvelles technologies associées notamment à l’informatique, et à l’Internet et ses réseaux virtuels, et « Punk » qui renvoie au célèbre mouvement de contre-culture de la fin des années 70, qui porte ce nom.

Certes, pour les punks de l’époque, les nouvelles technologies associées à l’informatique sont aliénantes : ces punks n’avaient aucun espoir dans le futur de l’humanité, d’où cette expression devenue depuis si célèbre : « No future ! » Leur « outil de communication » n’était autre que leur propre corps, qu’ils utilisaient de façon provocante. Et leur projet était à terme, l’autodestruction d’eux-mêmes ; une philosophie bien mise en lumière par cette réflexion de Tyler Durden dans Fight Club de Chuck Palahniuk : « Peut-être que l’amélioration de soi n’est pas la réponse. (...) Peut-être que la réponse, c’est l’autodestruction. »

Les cyberpunks en revanche, voient dans les nouvelles technologies une libération possible. Ils portent en celle-ci un espoir probable de transformation de la vie sociale.

Progressivement, le « cyberpunk » devient à la fois un mouvement littéraire et une contre-culture. Un mouvement de contre-culture, ou plus précisément de culture rebelle : rebelle contre l’establishment. L’establishment informatique, économique, et juridique entre autre... Les cyberpunks sont des gens qui cherchent à se libérer. Ce sont des idéalistes qui rêvent d’un monde meilleur. Cette réflexion nourrit bien entendu la littérature cyberpunk. Un « sous-genre » littéraire pour l’académie des lettres, puisque le mouvement cyberpunk investit essentiellement le monde de la SF, un genre majeur pour les amateurs de science fiction. Une science-fiction qui se déroule à l’ère de l’urbanisme et des réseaux informatiques, ce qui est complètement nouveau dans la SF. Certes, il y eut déjà beaucoup d’auteurs du genre qui réfléchirent aux rôles de la machine, à sa compétition avec l’Homme, bien avant le mouvement cyberpunk, mais toutes les perspectives à la fois fascinantes et effrayantes ouvertes par les réseaux et les mondes virtuels, n’avaient pas été vraiment entrevues jusque là.

Fini les space-opera flamboyants, les extra-terrestres méchants et dangereux qui voulaient nous envahir, ou de toutes les mises en gardes écologistes contre les méfaits de la technologies ! Fini donc, l’âge d’or, souvent optimiste et naïf ! Les intrigues des livres de cyberpunk ne concernent plus l’exploration spatiale ou les luttes d’intérêts dépassant les millénaires, comme dans la SF traditionnelle. Car, pour le cyberpunk, l’avenir est déjà là !

Un avenir en forme de cité grise et rouillée en plein naufrage où la haute-technologie et les mondes virtuels côtoient une démocratie sur la brèche. Un avenir qui est en réalité notre vie réelle d’êtres humains, réel dans lequel nous sommes embarqués bien malgré nous, surnageants dans un monde de technologies ultra-avancées. Humains trop humains, plongés dans les technologies modernes, les intelligences artificielles, les nanotechnologies, les réseaux qu’il nous faut maîtriser pour leur survivre. Le premier roman du genre, Neuromancien de William Gibson, paru en 1984, en est la preuve vivante. Cette œuvre pionnière, qui fut aussitôt couronné d’un succès fulgurant et de tous les prix de SF tels, les prix Hugo, Nebula et Philip K.Dick, nous propose à la fois la panoplie habituelle de la SF, et y rajoute les technologies alors émergentes comme le réseau Internet et la réalité virtuelle. Mais ce qui est précisément marquant dans ce livre emblématique du cyberpunk, c’est l’univers dans lequel William Gibson fait évoluer ses personnages. Sur fond de mégalopoles en décrépitudes, il met en scène des corporations sans âme, des hackers au cerveau branché sur le silicium, des avatars paranoïaques et des intelligences artificielles psychologiquement perturbées.... Bref, un avant-goût du film culte de la fin des années 90 : Matrix.

Ce vaste mouvement de contre-culture dont les écrivains de science fiction « cyberpunk » sont bien sûr partie prenante, a vécu une évolution semblable à celle qui s’était produite au temps des « beatniks » : le terme avait désigné d’abord un groupe restreint d’écrivains, de poètes américains dont William Burroughs, qui est d’ailleurs très apprécié chez les cyberpunks, avant de devenir l’étiquette même d’un vaste mouvement juvénile de contre-culture. Même si, dans le cyberpunk, le mouvement dépasse largement le cercle de quelques jeunes « branchés », puisqu’on peut aussi trouver au sein du mouvement, des ingénieurs, des informaticiens, des musiciens, ou encore des plasticiens, tous fanatiques de prospectives et de nouvelles technologies.

D’où le cyber-activisme qui s’y raccroche. L’information peut devenir ainsi un élément de libération et on donne souvent en exemple les hackers, dont le modèle éthique est de rendre la technologie accessible à tous, en décentralisant l’information, ainsi qu’en créant des codes sources plus compréhensibles. Un « hack » est tout objet comportant un minimum de composants technologiques que l’on employait à un usage autre que celui prévu à l’origine. C’est d’ailleurs ainsi que se distingue le hacker d’autrefois, tentant de diffuser de l’information aux masses, de certains hackers modernes qui accumulent à leur seul profit des fichiers textes musicaux. L’hacker originel est un homme qui préfère « programmer plutôt que dormir », et qui, par la révolution de l’ordinateur personnel, libère l’Amérique.

Les cyber-activistes, c’est-à-dire les pirates informatiques ou hackers respectant l’éthique originelle, ne détruisent pas la technologie, ils la détournent en l’utilisant contre les représentations du pouvoir, que ce soit la police, les mega-entreprises, ou les medias, et en faisant circuler l’information. Ils ne pratiquent pas l’espionnage industriel : ils « libèrent » l’information pour lutter contre les abus de pouvoir de l’Etat ou des trusts industriels. Pour eux, les nouvelles technologies sont libératrices et non pas asservissantes, car elles font circuler le savoir, et là est la clé de la liberté individuelle.

Parmi la « cyberpunkitude » française, bien évidemment, on retrouve Maurice G. Dantec. Avec un polar en forme d’ultimatum : Les Racines du Mal ! Beaucoup disent que c’est un polar-culte. J’atteste !

C’est en réalité, bien plus qu’un polar : véritable roman de SF, avant que Maurice G. Dantec ne plonge définitivement dans le genre, ses 636 pages sont une réelle entrée dans un vingt-et-unième siècle à la fois bouleversant et terrifiant. Et à la suite des Racines du mal, Villa Vortex, vient confirmer que Maurice G. Dantec est devenu un auteur culte d’une littérature cyberpunk ambitieuse, aussi efficace et solide que ses équivalents américains. Certes, le nihilisme politique et la ferveur métaphysique ont pris le pas sur l’intrigue ; certes Villa Vortex souffre de quelques longueurs, mais il n’est en rien le roman illisible, qualifié tel par certains. Roman-monstre, c’est un excellent livre mêlant avec force les recettes du roman noir et de la SF, doté d’un ton ultramoderne, et dont la moindre qualité est de jeter des ponts entre science, littérature, religion, philosophie et divers autres domaines du savoir. A l’occasion du cinquantième anniversaire de la collection « Série Noire » des éditions Gallimard, Maurice G. Dantec signa alors, le premier texte du feuilleton du journal Le Monde, et cela s’appelait : Là où tombent les anges. Un texte marqué par l’influence de William Gibson. Une nouvelle à tendance cyberpunk que vous pouvez télécharger ici.

Bienvenue dans les ruines du futur. N’ayez pas peur !

Bibliographie indicative :

Gibson William, Neuromancien, J’ai lu.
Gibson William, Comte zéro, J’ai lu.
Gibson William, Mona Lisa s’éclate, J’ai lu.
John Brunner, Tous à Zanzibar, Le livre de poche
John Brunner, Le troupeau aveugle, Le livre de poche
Bruce Sterling, Mozart en verres miroirs, Folio SF
Maurice G. Dantec, Les racines du mal, Folio
Maurice G. Dantec, Villa Vortex, Folio SF

Liens utiles :

http://biblioweb.samizdat.net/artic...

http://biblioweb.samizdat.net/artic...

Le site de William Gibson : http://williamgibsonbooks.com/


Partager cet article :

Imprimer cet article
Commentaires de l'article
> ID : Cyberpunk !
23 février 2005 - 14h37

Intéressant sauf en ce qui concerne Dantec, qui, d’après ce que j’ai compris, a beaucoup trop gobé depuis les Racines du Mal et la Sirène rouge, et aurait même eu des dérapages un peu extrêmes-droitiens...
Mais hackons, mes frères, hackons avant que Big Bisou ne nous mange tous crus...
Stella l’Interstellaire







accueil | contacter l'admin



Suivre la vie du site
RSS Bellaciao Fr


rss IT / rss EN / rss ES



Bellaciao est hébergé par DRI

Facebook Twitter
DAZIBAO
Mise à jour : réfugiés italiens sept sur dix sont libres sous contrôle judiciaire
jeudi 29 avril
de Oreste Scalzone
* Sur les sept personnes arrêtées hier matin à l’aube, libérées de prison et remises en « caution » sous contrôle judiciaire : Roberta Cappelli, Narciso Manenti, Marina Petrella, Giorgio Pietrostefani, Sergio Tornaghi. ** Des deux Compagnons constitués ce matin, l’audience pour « statuer » sur la demande de libération de Luigi Bergamin a été fixée à 18 heures, et il est fort probable qu’elle ait eu le même résultat. Les « demandes » formulées par l’avocate Irène (...)
Lire la suite
On avance… Marina Petrella et Roberta Cappelli sont libres sous contrôle judiciaire
jeudi 29 avril
de Dominique Grange
Nous fêtons ce soir une libération qui nous fait chaud au coeur à tou.te.s, celle de nos deux camarades MARINA PETRELLA et ROBERTA CAPPELLI qui sont désormais dehors, sous contrôle judiciaire ! Mais n’oublions pas les six autres toujours détenus... Continuons à nous mobiliser per liberare tutti...pour les libérer tous ! Rejoindre notre groupe FB tu es le bienvenu ✊ (...)
Lire la suite
LIBERARE TUTTI (audio)
mercredi 28 avril
de Dominique Grange
1 commentaire
A Roberta Capelli, Marina Petrella, Enzo Calvitti, Giovanni Almonti, Sergio Tornaghi, Narciso Manenti, Giorgio Pietrostefani. En 2003, j’ai écrit cette chanson "DROIT D’ASILE", suite à l’enlèvement d’un militant italien exilé en France, Paolo Persichetti, et à son extradition, puis son incarcération en Italie. Je l’ai ensuite dédiée à Cesare Battisti, alors emprisonné au Brésil, à Marina Petrella, arrêtée en 2007 et emprisonnée en France, en attente (...)
Lire la suite
REVIREMENT INQUIÉTANT DE LA FRANCE POUR LES RÉFUGIÉS ITALIENS
mercredi 28 avril
de La LDH
Communiqué LDH A l’inverse de ce que la présidence de la République soutient, la décision de François Mitterrand, exprimée lors du congrès de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) en 1985, de ne pas extrader les réfugiés italiens en France n’excluait aucun de ceux-ci. Il est regrettable qu’en violation de toute éthique le président de la République ait décidé de revenir sur les engagements de la République. S’en prendre à des femmes et des hommes qui vivent (...)
Lire la suite
Une trahison indicible de la France
mercredi 28 avril
de Collectif Bellaciao
3 commentaires
28 avril 2021 : 7 réfugiés politiques italiens arrêtés à Paris : Enzo Calvitti, Giovanni Alimonti, Roberta Cappelli, Marina Petrella, Sergio Tornaghi, Giorgio Pietrostefani, Narciso Manenti, trois recherchaient Luigi Bergamin, Maurizio Di Marzio et Raffaele Ventura. Tous accusés d’actes de terrorisme dans les années 70 et 80. Macron heureux : "Je résolu ce problème comme l’Italie le demande depuis des années" Draghi heureux : "Le gouvernement se déclare satisfait de la (...)
Lire la suite
21 avril 1961 - 21 avril 2021 le rêve du « putsch des généraux »...
mercredi 28 avril
de Roberto Ferrario
2 commentaires
A propos de « la tribune des généraux » les signatures on été récolté par Jean-Pierre Fabre-Bernadac, officier de carrière et responsable du site Place Armes et ancien responsable du service d’ordre du Front national entre 1993 et 1994, qui avait initialement publié le texte le 13 avril dernier ou des signatures continuent à être comptabilisés, 30 généraux étaient dénombrés et 2500 militaires étaient au total recensés ce mardi. Après ca le 21 avril la tribune à été publié sur Valeurs (...)
Lire la suite
France : menace claire de coup d’État militaire imminent
lundi 26 avril
de Roberto Ferrario
Ainsi se termine la déclaration d’un groupe des militaires des Force des Armées françaises : “Par contre, si rien n’est entrepris, le laxisme continuera à se répandre inexorablement dans la société, provoquant au final une explosion et l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national. On le voit, il n’est plus temps de (...)
Lire la suite