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Quand on fait taire la musique de la vie...

de : La Louve
vendredi 3 février 2012 - 15h55 - Signaler aux modérateurs
4 commentaires

J’écris ce petit texte rapidement.

J’étais toute à l’heure dans le métro parisien, je sortais du tribunal. Jusque là, rien de bien passionnant, rien que de très normal.
Un peu fatiguée, avec cette petite baisse de tension momentanée qui suit toutes les audiences.

Entrent dans le wagon quatre hommes avec chacun un instrument, une contrebasse, deux accordéons, une guitare.
Originaires, à première vue, des Balkans.

Ils nous saluent, tout sourires, et ils entament un morceau que connaissent tous les amateurs de ce genre de musique folklorique : "Pilem, Pilem".

Probablement, ils sont originaires d’ex-Yougoslavie.

Immédiatement, leur enthousiasme, leur musique, leurs chants et leurs sourires gravent sur nos faces, pour la plupart tristes, renfrognées ou soucieuses, des sourires en réponse.
Instinctivement, des mains se mettent à battre pour les accompagner en rythme, deux jeunes femmes au fond du wagon se lèvent et commencent à esquisser un pas de danse, mes pieds bougent tout seuls.
En deux minutes, c’est la vie et le soleil qu’ils ont amenés dans ce train tristounet.
Ce n’est plus un métro, c’est une fête populaire au fond d’un village des Balkans.
Le temps suspend son vol et jusque dans mes os, je sens un profond bien-être. Moi aussi je souris, presque sans le vouloir.
Je suis en présence d’un moment d’humanité très fort. Nous sommes nombreux à le sentir, j’en jurerais.
Nous sommes nombreux à savoir que nous en manquons cruellement, de ce genre de moments, et nous sommes nombreux à le regretter, cela, j’en jurerais aussi.
Nous approchons de la station, le train s’arrête doucement.

Soudain, en une fraction de seconde, la musique de la vie se tait, le groupe fait silence.
Le temps que nous sortions de la torpeur bienheureuse dans laquelle ces quatre hommes nous avaient plongés, le temps que nous réalisions ce qui se passe, il est déjà trop tard.
Les musiciens sont descendus presque comme des ombres sur le quai, ils sont immédiatement entourés par cinq colosses du service de sécurité de la RATP, et le train repart.
Les gens dans le wagon sont sonnés... Nous sommes tous choqués et tristes, muets.
Où est la musique ? Où sont les Balkans ?Que va-t-il arriver aux joueurs qui nous donnaient tant de plaisir quelques secondes auparavant ?

Pourquoi ? Pourquoi ? Cette question me percute la tête avec violence.

Je décide de descendre à la prochaine station et de faire demi-tour pour les retrouver.
Mais quand j’arrive, il est trop tard. Déjà.
Le quai est vide. Disparus les beaux musiciens de la vie et les vigiles du silence. Mon estomac se vrille. Ma gorge et mes poings se serrent.

Faut-il des papiers pour rendre les gens heureux ?
Faut-il des autorisations administratives pour jouer la musique de la vie ?

Silence, il faut faire silence.
Il ne faut pas rire. Il ne faut pas chanter. Il ne faut pas crier.

Ce n’est pas "seulement" du racisme.

Bien-sûr, il s’agit de priver ces exilés, exilés des guerres du Kapital, d’un gagne-pain honnête, inoffensif. De les pousser à la misère et de les pousser à la fuite, à nouveau la fuite, encore la fuite, toujours la fuite, voire, de les pousser à la délinquance.

Il s’agit aussi, pour le Pouvoir, de cacher à notre vue tous ces "Autres" qu’on nous dit ne pas être "comme nous".
Sait-on jamais... si par le miracle d’une musique, par exemple, nous réalisions à quel point nous sommes frères ?
Il faut empêcher à tout prix que nous puissions nous reconnaître en eux, et eux en nous.

Et puis aussi, il faut faire taire la musique de la vie qui crée de la fraternité entre les hommes, même lorsqu’ils ne se comprennent pas.

Alors, un de nos premiers devoirs de résistance aujourd’hui, c’est un devoir intérieur.
C’est de continuer à vouloir vivre, à vouloir aimer, à vouloir rire, à vouloir écouter et chanter la musique de la vie. Librement.
C’est aussi de protéger toutes celles et tous ceux qui rendent cela possible...

Ici, Rade Šerbedžija qui chante "Pilem Pilem" :


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Commentaires de l'article
Quand on fait taire la musique de la vie...
3 février 2012 - 16h50

On avait beau dire beau faire, si MégaUpload se faisait du pognon, il permettait AUSSI à des gens d’avoir accès GRATIS à plein de choses qui n’existent plus. C’est ce qui est déplorable dans le système marchant “officiel” qui veut s’imposer à travers SES lois, etc. et les agents de SA police : c’est le RAZ (j’aurais pu écrire aussi le rat) de tout : c’est eux qui rasent gratis à coups de matraque en le laissant plus rien derrière eux : après eux, rien ne pousse là où poussait quelque chose… Ce qui était accessible à TOUS — même avec des conditions de qualité et de temps un peu particuliers — maintenant est INTERDIT à tous.

Et c’est ce que ce monde MARCHANT veut, finalement : rien d’autre que LUI, LUI, LUI et encore LUI. De fait, par la possibilité de mettre en gratuit films et musiques et autres trucs que je ne connais pas, à dispositions de TOUS, MU **EST** ce qui gêne ce système marchant, non pas en tant que contenu mais en tant que contenant d’un rejet du payant À TOUT PRIX, surtout de l’âme.



Quand on fait taire la musique de la vie...
3 février 2012 - 17h59 - Posté par RICHARD PALAO

quand même la musique dérange " l’ordre " établi , la barbarie n’est pas loin ...



Quand on fait taire la musique de la vie...
3 février 2012 - 18h20 - Posté par Henri

J’entendais la musique en lisant ton trés beau texte ,merci....



Quand on fait taire la musique de la vie...
3 février 2012 - 18h24 - Posté par monachicchio

je découvre cette photo sonore, cet instant de metro merci






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