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Quelle femme ! Patricia Jennings-Welch : Une Grande Dame, un Grand Héritage
de : Daniel Patrick Welch
jeudi 14 mai 2009 - 19h31 - Signaler aux modérateurs

Eloge funèbre tel que rédigé pour lecture à l’Eglise St Thomas l’Apôtre, Peabody, Massachusetts, le 4 mars 2009.

par Daniel Patrick Welch

Patricia Jennings-Welch. Ouaaah. Quelle femme ! La première fois que j’ai appris ces lignes du célèbre discours de Sojourner Truth, tout ce à quoi cela me faisait penser était ma mère. "Cet homme là-bas dit qu’il faut aider les femmes à monter sur les attelages, les porter au-dessus des fossés, et qu’elles doivent avoir la meilleure place partout. Personne ne m’aide jamais à monter sur les attelages, ni à passer par-dessus les flaques de boue, ni ne me donne la meilleure place ! Et ne suis-je pourtant pas une femme ? Regardez-moi ! Regardez mon bras ! J’ai labouré et planté, et stocké dans les granges, et aucun homme ne me dirigeait ! Et ne suis-je pourtant pas une femme ? Je pouvais travailler autant et manger autant qu’un homme – quand c’était possible – et je supportais le fouet aussi bien ! Et ne suis-je pourtant pas une femme ? J’ai eu treize enfants, et j’en ai vu la plupart être vendus comme esclaves, et lorsque je hurlais mon chagrin de mère, personne ne m’a entendue à part Jésus ! Et ne suis-je pourtant pas une femme ?"

Tout ce que j’ai appris sur le respect et la dignité, sur le fait de se battre et de ne pas laisser les gens se faire rabaisser, tout me vient de cette femme, exceptionnellement compliquée, solide et incroyablement déterminée, à qui nous faisons nos adieux aujourd’hui. Cette femme qui m’a appris à respecter la force et la compassion de la même manière – la femme, en bref, qui m’a appris à être un homme. Cette femme qui a tant appris à tant de monde et dont l’exemple m’a enseigné que rien n’est au-dessus de nous – que de déboucher les toilettes va de pair avec apprendre et enseigner la lecture ou une langue étrangère, qu’une vie sans lutte est une vie sans valeur – mais également que de se battre pour soi-même sans élever les autres est aussi inutile que moralement répréhensible.

J’ai été incroyablement chanceux d’avoir une telle relation, vraiment particulière, avec cette femme : ma mère, mon amie, ma confidente, mon mentor. Mais elle a touché tellement de vies, et elle a eu tellement de joie à vivre le temps qu’elle passait avec tous ses enfants, depuis les retraites et les voyages à San Antonio et Austin, jusqu’à tous les matchs, rencontres de natation, messes, fêtes d’anniversaire et cérémonies auxquels elle pouvait aller, de quelque manière que ce soit, pour y rester aussi longtemps que possible. Et bien au-delà de sa propre famille proche, les gens avaient toujours le sentiment de posséder une part d’elle. Elle a peut-être été tout cela pour moi, mais Mima était d’une certain façon une propriété d’Etat.

L’une des si nombreuses cartes de condoléances que nous avons reçues soulignait cette qualité – en plus de son gigantesque intellect, de sa voracité et de sa soif de connaissance, et de son incroyable talent à enseigner. Cette qualité, partagée en premier par mon ami Volker d’Allemagne, était qu’elle donnait le sentiment à chacun d’être aussi sa mère : « Elle était la meilleure mère que l’on puisse avoir. Comme tu le sais, j’aimais qu’elle me traite comme si j’étais un autre de ses enfants juste à cause de cela : tout le monde aurait voulu avoir cette femme – comme mère, comme fondatrice d’école – comme Mensch. Bien qu’il soit très triste qu’elle nous ait quittés, elle sera encore plus vivante, même maintenant, que beaucoup de gens qui sont en vie – dans notre mémoire. »

C’est pourquoi nous avons laissé le tapis de fleurs vierge : elles représentent toutes les grains qu’elle a plantées, toutes les fleurs qui ont éclos, toutes les personnes dont les vies et les rêves ont été déclenchés, poussés, aidés, concrétisés, sauvés ou simplement rendus un peu plus riches par le fait d’avoir connu cette femme.

Je serais négligent de ne pas mentionner dans ces lignes mon épouse Julia, qui est désormais ma partenaire dans les profondeurs de mon chagrin tout comme elle l’a été pour tout le reste. Elle a été à mes côtés pendant des années, m’aidant à m’occuper de ma mère, qui, comme beaucoup d’entre vous le savez, était en mauvaise santé depuis des années. Depuis l’aide qu’elle lui a apportée pour se laver et se changer le jour de notre mariage, jusqu’aux tous derniers moments de la vie de cette grande dame, l’amour et le soutien de Julia, pour moi, pour ma mère, pour les rêves que nous partagions tous – nous, les trois dragons du zodiaque chinois, ou l’équipe P.D. et J., comme elle l’a nommée sur son lit de mort – l’amour réciproque que nous ressentions les uns pour les autres était tangible et indispensable.

Et bien qu’elle ait pu parfois être exigeante, nous devons maintenant nous souvenir que c’était par amour, tout cet amour, qu’elle voulait toujours le meilleur. L’une des strophes de la chanson que nous avons chantée tout à l’heure est particulièrement poignante : « Je suis né dans la vallée / Où le soleil refusait de briller / Mais je grimpe jusqu’à la montagne / Cette montagne, je la ferai mienne ! ». Et, bien sûr, elle avait cette même exigence envers tout le monde – qu’on le sache ou non. C’est la meilleure qualité possible chez un professeur… et peut-être également chez une mère. Et elle était paradoxalement parfois plus dure avec les gens lorsqu’ils disaient qu’ils ne pouvaient pas – et particulièrement ceux à qui d’autres avaient dit qu’ils ne pouvaient pas.

Vous le voyez, cette énigme qu’était Pat Welch, toujours à viser la lune (parce que parfois on peut la toucher), avait également un côté intensément pragmatique : ce n’était pas que l’apitoiement sur soi-même était immoral, c’était juste que c’était trop encombrant. Combien de fois cette semaine des personnes sont-elles venues nous relater leurs anecdotes, comme cette mère qui nous a raconté à Julia et moi : « lorsque j’ai amené mon fils à l’école, j’ai dit à votre mère « Mais je n’ai aucun moyen de le récupérer », et elle m’a répondu « Amenez-le juste à l’école, et nous trouverons bien un moyen pour que cela marche ». » Cette montagne, je la ferai mienne ! Mais une fois encore, jamais sans élever aussi ceux qui nous entourent.

L’un de mes cousins a écrit que « nous avons tous été très inspirés par Tante Pat. Elle avait un incroyable sens de l’optimisme et il n’y avait rien qui soit trop difficile et qui ne put être fait une fois qu’elle l’avait décidé. Et je pense qu’elle était capable de convaincre beaucoup de gens qu’ils étaient capables de faire des choses qu’ils n’auraient jamais essayé de faire sinon. » En fait, cette réputation de confronter sa volonté à n’importe quel obstacle a mené à une confusion intéressante à la suite de son décès. J’avais par étourderie écrit une mauvaise date lors de l’envoi du brouillon de la notice nécrologique. J’ai envoyé une correction en mettant simplement pour titre « Coquille ». Sa cousine m’a aussitôt écrit pour me dire qu’elle espérait que tout cela n’était qu’une coquille. « Patsy a décrété que tout n’était qu’une coquille et qu’elle n’irait nulle part ! »

Quelques semaines avant de mourir, elle s’est tournée vers moi et m’a dit « Chéri, je veux que tu me fasses mettre dans le coma. Alors, ils pourront me réveiller dans cinq ou dix ans lorsqu’ils auront trouvé un traitement pour tout ce qui ne va pas chez moi. » Une autre amie a demandé si, vu qu’elle allait à l’épicerie, elle pouvait lui prendre quelque chose. « Rien à moins que tu ne trouves une paire de poumons », a-t-elle souri, avec cette étincelle dans ses yeux bleus qui nous a tous fait penser devait plaisanter…elle plaisante…non ? On ne savait jamais vraiment…

Elle avait un poème préféré parmi ceux de son père, mon grand-père, qu’il avait écrit pour elle. Nous le récitions ensemble pendant les dernières semaines, et cela semblait la réconforter.

Patsy
Today my child you’re dressed in white
Aujourd’hui mon enfant tu es habillée de blanc
To symbolize the soul of God
Pour symboliser l’âme de Dieu
To march with him toward all that’s right
Pour marcher avec lui vers tout ce qui est juste
Along the path that Christ hath trod
Le long du chemin que le Christ a foulé
 
Your thoughts are pure, your step is strong,
Tes pensées sont pures, ton pas est ferme,
Your dreams are filled with pleasant hope
Tes rêves sont emplis d’un espoir agréable
To lend you power to march along
Pour te donner la force de continuer à marcher
Life’s road and with its burdens cope
Sur la route de la vie, et de supporter ses fardeaux
 
A soldier true in God’s own fold,
Véritable soldat dans le sein de Dieu
Your battle now is one with life
Ton combat est désormais avec la vie
And may you be in heaven enrolled
Et puisses-tu être engagée au paradis
When you have marched beyond Earth’s strife.
Lorsque tu auras marché au-delà des conflits terrestres.
 
Il avait écrit un autre poème, sans aucun doute en pensant à lui et sa mère. J’y ai souvent repensé dernièrement, en rapport avec moi et ma propre mère. Lorsque nous sommes sortis faire l’une de nos dernières promenades – et elle avait insisté pour voir tout ce qui était nouveau : le Y, Danversport reconstruit, et finalement le cimetière – je pense avec du recul qu’elle essayait de nous dire qu’elle savait.
 
Faith
A cynic may scorn as she kneels with her cross
And fingers the beads she may hold
But she has grown weary of life’s goading ways
And she only knows she is old
 
She is weary of life and is fearful of death
And these beads that she holds are her hope
That there’s something beyond life’s last fleeting breath
That’s unseen and unknown to our scope
 
And the cynic may scorn as she kisses that cross
And kneels with her head bowed low
She’s at peace with her god, while he’s at a loss
And weary for things he can’t know
 
Foi
 
Un cynique peut la mépriser alors qu’elle s’agenouille avec sa croix
Et égrène les perles qu’elle tient peut-être
Mais elle est s’est lassée des manières provocantes de la vie
Et elle sait seulement qu’elle est vieille
 
Elle est lasse de la vie et a peur de la mort
Et ces perles qu’elle tient sont son espoir
Qu’il y a quelque chose après le dernier souffle fugace de la vie
Qu’on ne voit pas et qui est inconnu de nous
 
Et le cynique peut la mépriser alors qu’elle embrasse cette croix
Et s’agenouille avec la tête penchée très bas
Elle est en paix avec son dieu, alors que lui est perdu
Et las des choses qu’il ne peut connaître
 
Y ahora quiero decir algo, aunque brevemente, a la communidad hispana, la que tenia tanto
 
amor para mi mama—diciendole simplemente siempre ‘la Dona.’ Y todos supieron de quien
estabamos hablando, sin tener que decir nada mas. Tan como a muchos otros, la Dona ayudo
bastante la gente de esta comunidad, con que tenia una connection especial. Me llamo una
colega anterior desde Santo Domingo para darnos nuestras condolencias, explicando cuanto
ayudo esta mujer, la dona, una mujer de tanta fuerza, intelegencia y amor, y tambien
cuanto ayudo a sus hijos y a su familia—diciendo como tantos otros que sentia de Corazon
que la dona fue, en cualquier parte, tambien su mama a ella. Me recordo tambien, pero no
es que necesitaba que me recuerden, de la broma que yo siempre hicia con mi mama,
relajando su pronunciacion en espanol. Zan-a-jor-i-a. Me reganaron, por supuesto, por
relajar a una mujer con tanta dignidad, y sobre todo que trataba con todo su fuerze a
conquistar el idioma espanol. Otra Montana que queria subir. Pero ojala, y supongo que
saben todos, como entendio la Dona, que eso fue todo de amor.

Je m’excuse auprès du Père Sherridan et de ceux ici présents pour avoir été peut-être un peu long.

Je suppose que cela fait simplement partie de la volonté de ne jamais cesser de parler de cette dame, comme dans l’autre partie de la chanson : « Croque-mort, conduis lentement s’il te plaît ». Mais bien entendu, quand c’est l’heure, c’est l’heure, et nous ne contrôlons ni l’horloge ni le calendrier. Pardonnez-moi. Et maintenant, pour cette grande dame qui voulait toujours être la dernière à quitter la fête, il est temps de la laisser se reposer. Elle s’est battue, contre le destin, contre la maladie, contre le temps lui-même, jusqu’à la toute fin. Je me suis penché et ai murmuré à son oreille alors qu’elle était allongée sur son lit de mort – bien que je ne sois pas sûr qu’elle pouvait encore m’entendre – que tout allait bien, qu’elle pouvait se reposer maintenant et ne plus être si fatiguée. Il y a deux dates au cours de ces dernières semaines qui permettent d’expliquer cette ultime contradiction. Le 20 janvier était la date de son dernier rendez-vous avec son oncologue, et c’est d’une certaine manière à partir de ce moment-là que nous avons senti qu’elle commençait à s’éteindre doucement. Et cette nuit-là, alors que Julia et moi dormions sur un matelas sur le sol de sa chambre, lui tenant compagnie pendant qu’elle se trouvait confrontée à la plus sinistre des nouvelles, j’ai fait part à Julia de mon inquiétude : « Elle ne mange plus. » « Elle ne lit plus », m’a répondu Julia. « Pour Pat Welch, c’est encore plus mauvais signe. »

Mais je me souviens maintenant que le 20 janvier était aussi le jour de l’investiture, un jour qu’elle attendait depuis huit longues années. Je me souviens parfaitement de l’avoir vue pleurer en 2004, et quand je lui ai demandé pourquoi elle le prenait si mal, elle m’a répondu : « Mais maintenant je ne vivrai peut-être pas assez longtemps pour voir le départ de Bush ! » Donc ce 20 janvier a peut-être été important pour elle pour plus de raisons que nous le pensons. L’histoire de l’autre date particulière, je ne l’ai découverte qu’hier. Nous sommes allés à CVS, où nous étions allés tant de fois chercher les ordonnances qui permettaient de la garder en vie, et je n’ai pas pu me garer sans pleurer. Je me suis garé sur une place pour handicapés et j’ai accroché la carte pour handicapés de ma mère, comme une sorte de réflexe. Quand j’ai réalisé ce que je faisais j’ai souri, me disant que ni elle ni la loi n’oseraient m’en vouloir de cette toute dernière transgression. Mais en regardant la carte accrochée au rétroviseur, j’ai remarqué la date d’expiration : le 4 février 2009 – cette même nuit où nous nous sommes précipités à Brigham avec elle, son dernier trajet dans notre petite guimbarde. Choqué, je me suis installé sur le siège et j’ai réfléchi. Il est temps, enfin, de laisser cette pauvre femme se reposer. Repose-toi, Maman, repose-toi.

Nous t’aimons, et tu seras toujours, toujours en vie avec nous. « Que la route vienne te saluer, que le vent soit toujours dans ton dos, que le soleil soit chaud sur ton visage, et la pluie légère sur tes champs, et jusqu’à ce que nous nous retrouvions, que Dieu te tienne dans la paume de Sa main. » Je t’aime, Maman. Au revoir.

Les dons à la mémoire de Patricia Jennings-Welch peuvent être faits auprès de l’école Greenhouse, http://www.greenhouseschool.org



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